Ryadh Sallem, un personnage unique du Rugby Fauteuil

Ryadh Sallem est un sportif à part : à 45 ans, il va participer à ses cinquièmes Jeux Paralympiques. Après Atlanta, Sydney et Athènes en Basket Fauteuil, il se tourne vers le Rugby Fauteuil et s’aligne aux Jeux de Londres en 2012 avec l’Équipe de France. Mais Ryadh n’est pas qu’un sportif : il préside les associations « Cap Sport Art Aventure Amitié » qu’il a créée en 1996 et « Ceux qui Font les Défis ». La première vise à permettre à des personnes handicapées de pratiquer des activités sportives, tandis que la seconde promeut la diversité, la mixité et l’égalité des chances à travers des actions culturelles, artistiques et sportives. Cet athlète engagé participe régulièrement à des rencontres avec des enfants, qu’il sensibilise sur les comportements pouvant provoquer des handicaps. Sa mission ne s’arrête pas là ; il travaille avec les entreprises et les collectivités locales pour élaborer des chartes d’accessibilité et s’implique auprès du projet Paris 2024.

À quelques jours du début des Jeux Paralympiques à Rio, Ryadh Sallem, joueur émérite de l’Équipe de France de Rugby Fauteuil, nous parle de son sport et son ressenti avant le début de la compétition.

- Pouvez-vous, en quelques mots, nous expliquer ce qu'est le Rugby Fauteuil et quelles sont les règles essentielles à connaître ?

Cette discipline est née au Canada, inventée de toutes pièces par des pratiquants de sports collectifs qui, victimes d’un accident les ayant laissés tétraplégiques (atteinte aux 4 membres), voulaient toujours pratiquer un « sport de combat » adapté à leur handicap. A l’origine, cela s’appelait même le « murderball » ! Le rugby-fauteuil se joue sur un terrain de basket, avec un ballon de volley et il adopte l’âme et la culture du rugby.

- Après une première carrière de nageur, vous avez participé à 3 éditions des Jeux Paralympiques en basket puis vous vous êtes dirigé vers le Rugby. Rien ne vous résiste ?

Ma première passion a toujours été le basket, mais ayant des mains abîmées, personne ne voulait m’orienter vers cette discipline qui requiert beaucoup d’habilité ! On a jugé préférable de me faire faire de la natation… Et qui plus est, un maillot de bain coûtait moins cher qu’un fauteuil de sport ! Mais à force de persévérance, d’entraînement  et de pratique inlassable, j’ai pu montrer mon aptitude à pratiquer le basket… Et plutôt pas mal puisque j’ai rapidement été sélectionné en équipe de France !

Le rugby-fauteuil  m’a fait un clin d’œil dès 1993 car de grandes équipes anglo-saxonnes existaient déjà. Mais c’est seulement en 2010, au terme de ma carrière de basketteur, que l’équipe de France de rugby-fauteuil m’a sollicité. J’ai foncé !

- Quelle édition des Jeux Paralympiques vous a le plus marqué ?

Incontestablement Barcelone, en 1992, où j’étais présent au titre d’athlète non officiel pour proposer des démonstrations. Il y avait aussi le professionnalisme, l’organisation rodée et chaleureuse de Londres 2012 avec une plus-value festive !

- Comment s'est passée la préparation de l'Équipe de France de rugby fauteuil ?

Au fil de plusieurs stages et tournois, mais avec un goût de trop peu ! Bien sûr, chacun d’entre nous se prépare aussi dans son club, et nous avons une super équipe, un bon collectif. Notre coach, Olivier Cusin, impulse une très bonne énergie et le collectif en a gagné en qualité, notamment avec notre nouveau et jeune capitaine, Jonathan Hivernat. Nous avons trouvé un bon équilibre, sur le terrain comme en coulisses. C’est un très bon cru !

- Vous êtes également un porte-parole régulier des personnes handicapées dans les médias français, quels messages faites-vous passer ?

Je veux montrer que la vulnérabilité fait partie de notre société. Elle est naturelle et ne devrait pas être exceptionnelle. Le handicap participe pleinement de la vie. De toutes les vies ! La qualité d’une civilisation, d’une société, se révèle souvent dans son aptitude à prendre en charge les plus vulnérables de ses membres. La visibilité des personnes handicapées, dans la rue, au travail, à l’école, dans les loisirs… est le curseur de la bonne santé d’une société. Le handicap ne doit pas être considéré comme une charge, comme un poids, mais comme un défi lancé à l’intelligence humaine. Chaque solution trouvée pour une personne handicapée est un gage de confort pour tout le monde.

- Pendant le tournoi de qualification paralympique on a pu voir l'engouement des spectateurs grâce à des lives retransmis sur internet, sentez-vous le soutien de vos supporters ?

On a clairement senti une montée en puissance des soutiens, des encouragements envers ce sport atypique qui séduit de plus en plus de monde. Les gens sont attirés par cette « violence » déployée sur le terrain qui bat en brèche la soi-disant faiblesse des personnes handicapées ! Il y a là un paradoxe entre force et vulnérabilité !

- On a aussi pu voir que Thierry Dusautoir par exemple était passé vous soutenir. Est-ce important pour vous de voir vos homologues du XV dans les gradins ?

Nous partageons les mêmes valeurs et ce n’est pas un vain mot. La philosophie du rugby est une réalité qui nous rend solidaires. De nombreux rugbymen viennent nous encourager ou s’essayer au rugby-fauteuil. Serge Betsen, présent à Londres 2012 à nos côtés, s’est d’ailleurs essayé à notre sport, lors d’un match mémorable avec le XV parlementaire… et ses muscles en ont gardé un souvenir impérissable ! Cela a donc été un vrai plaisir et un honneur que d’accueillir Thierry Dusautoir et des membres du staff du XV de France lors de notre tournoi de qualification.

- Avez-vous suivi les aventures des équipes du Seven ?

Nous étions en pleine préparation lors des JO et j’ai pu regarder quelques matchs. Par curiosité et là encore, respect pour les valeurs déployées.  C’est un collectif à suivre attentivement pour les prochaines échéances internationales !

- Que pensez-vous de notre ambassadeur Virimi Vakatawa ?

Je vais avoir un œil attentif sur votre protégé et ses choix ! Je le découvre aussi curieux et touche à tout que moi… Alors je l’invite quand il veut – ainsi que vos collaborateurs s’ils le souhaitent- à s’essayer au rugby-fauteuil dans mon club parisien de CAPSAAA (www.capsaaa.net). Nous serons ravis de l’accueillir !

Ryadh Sallem est un personnage assurément inspirant et nous ne manquerons pas de vous donner de ses nouvelles dans le cadre de l’engagement de la GMF auprès du rugby et de ses associations qui partagent les valeurs de solidarité, d’engagement et de cohésion d’équipe de ce sport.

Cette mission, chère à GMF, comprend d’ailleurs la mise à disposition de places pour les personnes à mobilité réduite se déplaçant en fauteuil lors des matchs de TOP 14 et de PRO D2.

N’hésitez donc pas à vous inscrire en remplissant le formulaire suivant :

http://www.assurement-rugby.com/pmr